Environnement

Traité mondial sur les plastiques : à Genève, l’Afrique veut peser dans les négociations

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Un nouveau round décisif de négociations internationales s’est ouvert ce mardi à Genève, où les représentants de près de 180 pays tentent de s’entendre sur un traité mondial juridiquement contraignant contre la pollution plastique. Cette session, prévue pour durer dix jours, s’annonce cruciale après l’impasse des discussions tenues en décembre 2024 à Busan, en Corée du Sud.

Ce futur traité vise à encadrer l’ensemble du cycle de vie du plastique : de sa production à son élimination, en passant par sa consommation et son recyclage. Si les enjeux sont mondiaux, l’Afrique aborde ces négociations avec une urgence particulière.

Le paradoxe est frappant : le continent ne produit qu’environ 5 % des plastiques mondiaux, mais il est l’un des plus durement touchés par ses effets néfastes. De nombreuses nations africaines subissent une pression croissante liée à l’importation massive de déchets plastiques, parfois sous forme de textiles usagés, depuis les pays industrialisés. Un phénomène que plusieurs ONG dénoncent comme une nouvelle forme de « colonialisme des déchets ».

Face à ce constat, le Groupe africain de négociateurs, mandaté par la Conférence ministérielle africaine sur l’environnement (AMCEN), tente de faire émerger une position unifiée pour réclamer un traité ambitieux, assorti de mécanismes de financement clairs destinés aux pays en développement.

Mais l’unité africaine reste fragile. Des divergences internes subsistent, notamment sur les articles 3 (concernant les produits chimiques) et 6 (sur la production de plastique). À ce jour, seuls 27 pays africains ont signé l’Appel de Nice en faveur d’un accord ambitieux.

Des modèles africains qui inspirent

Malgré ces divisions, certains pays du continent se distinguent déjà par des politiques pionnières. Le Rwanda, qui co-préside la Coalition de Haute Ambition avec la Norvège, est salué pour ses lois strictes contre le plastique à usage unique.

D’autres initiatives émergent ailleurs : au Kenya et en Ouganda, des start-ups développent des alternatives biodégradables au plastique. Au Nigeria, des projets innovants permettent aux citoyens d’échanger leurs déchets plastiques contre des frais de scolarité, créant ainsi un modèle de recyclage socialement inclusif.

Toutefois, le chemin vers un accord reste semé d’embûches. Des pays producteurs de pétrole et de plastique, comme l’Arabie saoudite, l’Iran, la Russie ou l’Inde, s’opposent à toute réduction contraignante de la production de plastique. Ces résistances pourraient compromettre l’ambition du traité.

Pour l’Afrique, ces négociations ne sont pas simplement une affaire diplomatique : elles touchent directement la santé publique, l’environnement, l’économie informelle et l’avenir de la jeunesse.

« L’échec n’est pas une option », préviennent plusieurs délégués africains présents à Genève. Car au-delà des mots, c’est la capacité du continent à sortir du rôle de victime passive pour devenir acteur de solutions mondiales qui se joue dans ces négociations.

Par Babou Landing Diallo

 

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