Ce projet démesuré va prendre forme dans un canyon qui abrite une des plus grandes réserves naturelles de l’Himalaya, au cœur d’un site exposé aux séismes et aux glissements de terrain, et sur un fleuve vital pour l’Inde et le Bangladesh.
Si ce méga-barrage pourra produire plus d’électricité que le Royaume-Uni n’en consomme en un an, il risque de mettre durablement en péril l’équilibre écologique et économique de la région.
Une chute de 2 000 mètres transformée en centrale géante
Le site doit sa puissance à une géographie hors norme. Dans la « Grande Boucle » montagneuse formée par la dépression rocheuse du Yarlung Tsangpo, près du mont Namcha Barwa, un des vingt plus hauts sommets au monde, le fleuve perd environ 2 000 mètres d’altitude sur une cinquantaine de kilomètres avant de traverser l’un des canyons les plus profonds du monde. En plus d’être un méga-barrage, le projet fonctionne aussi comme un vaste système de dérivation, en conduisant – grâce à des tunnels – une partie de l’eau du fleuve à travers la montagne vers plusieurs centrales.

Longtemps décriée pour la pollution gigantesque qu’elle émet depuis une quarantaine d’années, la Chine a opéré un changement radical dans sa politique énergétique depuis le début des années 2000. Le premier pays émetteur mondial de gaz à effet de serre est en train de devenir un exemple en matière de transition énergétique…. Lire la suite
Les estimations évoquent jusqu’à 60 gigawatts de puissance installée. L’électricité serait principalement envoyée vers les grands centres de consommation chinois. Pour Pékin, l’ouvrage doit renforcer la sécurité énergétique de la Chine et accélérer la décarbonation d’un pays toujours dépendant du charbon.
Pour autant, cette électricité bas-carbone produite à grande échelle a toutes les chances d’avoir un impact très important sur la biodiversité locale. En effet, le canyon forme un corridor écologique exceptionnel entre le plateau tibétain et les forêts humides de l’Himalaya oriental, qui abritent de nombreuses espèces animales et végétales.
Les routes, les tunnels, les lignes à haute tension et les plateformes pourraient fragmenter ces milieux naturels jusqu’ici préservés. Par ailleurs, le méga-barrage risque de modifier les crues saisonnières et le transport des sédiments. Or, ceux-ci jouent un rôle clé dans l’équilibre de la région en fertilisant les plaines agricoles et en contribuant à préserver le delta du Gange-Brahmapoutre face à la montée des eaux. Et ce n’est pas le seul problème.
Un site au relief instable
La « Grande Boucle » se situe dans la « syntaxe » himalayenne orientale, là où la plaque indienne rencontre l’Eurasie. De ce fait, la région est sujette aux séismes à répétition, aux éboulements de roche et aux glissements de terrain. Des travaux récents décrivent des risques de coulées de débris et de crues brutales sur plusieurs centaines de kilomètres.

Un barrage artificiel bâti en travers d’un fleuve ou d’une rivière peut avoir plusieurs usages : pour la production d’électricité ou pour réguler le débit du cours d’eau, voire stocker de l’eau pour sa consommation. Quels sont donc leurs avantages et leurs inconvénients ?… Lire la suite
Si l’aménagement hydroélectrique de Yarlung Tsangpo est en mesure d’écrêter les débordements du fleuve, comme le suggèrent des modélisations chinoises, il a pour défaut de concentrer des infrastructures critiques dans un relief instable.
Le Brahmapoutre, futur fleuve de tensions ?
Autre problème, le méga-barrage sera construit dans une région densément peuplée et très dépendante du fleuve. En effet, après avoir irrigué le Tibet, le Yarlung Tsangpo poursuit sa route pour devenir le Siang, puis le Brahmapoutre en Inde, avant de rejoindre le Bangladesh, permettant ainsi à des centaines de millions d’habitants de se nourrir et de se déplacer.
En l’absence de traité global de partage des eaux, New Delhi et Dacca redoutent un contrôle accru de la Chine sur les débits du fleuve, alors que Pékin assure que le projet protégera l’environnement et profitera aux populations locales.

Irrémédiablement, les cours d’eau s’assèchent. Les aquifères et les glaciers s’épuisent. L’état de crise est dépassé, préviennent des chercheurs. Nous avons fait faillite. L’admettre, ce n’est pas renoncer. Mais le premier pas vers notre survie…. Lire la suite
Il faut noter que le paradoxe est saisissant, car bien que conçu pour produire une quantité colossale d’énergie renouvelable, le plus grand complexe hydroélectrique du monde pourrait devenir un test grandeur nature des limites de la transition énergétique.
Par FUTURA














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