Une récente étude révèle qu’il existe une corrélation entre la prise de compléments alimentaires destinés à la prise de muscle et les symptômes de dysmorphie musculaire.
Au sommaire
- L’étude en question
- Oui, il existe bien un lien entre prise de suppléments et dysmorphie musculaire
- Un outil pour les professionnels de santé
Les compléments alimentaires représentent un marché extrêmement prolifique. Parmi les produits prisés, notamment par les jeunes, on retrouve ceux destinés à la performance et à la prise de masse musculaire : protéine en poudre ou en barre, acide aminés branchés (BCAAs), créatine monohydrate, pré-workout, gainers, etc. En effet, 55 à 80 % des adolescents canadiens rapportent consommer de la protéine en poudre contre 33 à 50 % des adolescentes et 14 à 44 % chez les adolescents transgenres ou au genre fluide.
Cette forte consommation est concomitante avec l’apparition de symptômes associés à la dysmorphie musculaire à cette période de la vie : pensées obsessionnelles et sentiments envahissants concernant la quête de muscle, comportements compulsifs visant à atteindre cet objectif, insatisfaction corporelle ou encore détérioration de la vie sociale. Les dysmorphies musculaires touchent préférentiellement les individus masculins. Dans la littérature, elle est souvent décrite comme étant l’anorexie masculine, en référence à la prévalence de cette dernière, touchant principalement les adolescentes.
Cette concomitance qui peut s’observer par tout un chacun, notamment les professionnels de santé, du sport ou encore les familles ou les amis, a fait l’objet de peu d’études scientifiques. Est-ce une simple observation partagée sans lien consistant ou bien existe-t-il une corrélation mesurable entre la prise de compléments alimentaires destinés à la prise de muscle et la dysmorphie musculaire chez les jeunes ? C’est ce que tente d’évaluer une récente étude canadienne publiée dans la revue Plos Mental Health.

Existe-t-il une association entre la prise de suppléments destinés à la prise de muscle et la dysmorphie musculaire ? © jiri Hera, Adobe Stock
L’étude en question
Cette étude tente d’y voir plus clair sur une question qui, auparavant, avait déjà été investiguée, sans prendre la peine de distinguer l’usage de produits anabolisants et de compléments alimentaires dans les corrélations avec la dysmorphie musculaire ni de former un échantillon représentatif de la population des jeunes, se concentrant préférentiellement sur les athlètes, qui constituent un sous-groupe à risque.
En récoltant des données provenant de 2 371 adolescents âgés de 16 à 30 ans et recrutés via Instagram et Snapchat, les chercheurs et chercheuses se donnent les moyens d’apporter une réponse à la question suivante : existe-t-il une association entre la prise de suppléments destinés à la prise de muscle et la symptomatologie dysmorphique chez les adolescentes et les jeunes adultes ? Ils faisaient l’hypothèse qu’un tel lien existait et qui plus est, que le nombre de suppléments consommés serait corrélé à un score plus élevé de dysmorphie.
Oui, il existe bien un lien entre prise de suppléments et dysmorphie musculaire
Selon les résultats des scientifiques obtenus via des questionnaires, les deux variables d’intérêts sont bel et bien reliées. De plus, leur seconde hypothèse, à savoir que le nombre de supplément corrèle avec le score obtenu à l’inventaire du trouble dysmorphique musculaire qui est l’échelle de référence permettant d’évaluer ce trouble, est également soutenue par leurs résultats. Cependant, les corrélations ne sont pas égales entre les suppléments selon le type de symptôme dysmorphique.
En effet, l’inventaire cité mesure trois aspects distincts du trouble dysmorphique à savoir la volonté de prendre de la masse, les troubles fonctionnels (comme l’isolement social) et l’intolérance envers son apparence. Le premier aspect est surtout corrélé à la prise de gainers et de créatine monohydrate, le deuxième à la créatine monohydrate seulement et le troisième corrèle peu avec la prise de compléments spécifiques. Les résultats obtenus suggèrent même que les plus faibles scores d’insatisfaction corporelle sont en lien avec l’utilisation des gainers et de la créatine. Cela est interprété par les chercheurs et chercheuses comme étant relié à l’efficacité perçue des suppléments diminuant temporairement l’insatisfaction.
En confirmant la corrélation entre prise de suppléments destinés à la prise de muscle et symptomatologie dysmorphique dans un échantillon d’adolescents et de jeunes adultes représentatifs de la population générale, cette étude permet aux cliniciens et cliniciennes d’ajouter un élément pertinent au sein de leur anamnèse lorsqu’ils suspectent un trouble dysmorphique chez des patients.
En effet, évaluer la prise de suppléments et notamment leur nature et leur nombre total, peut s’avérer être un indicateur pertinent pour orienter le diagnostic et la prise en charge. Enfin, des mesures de santé publique comme des dépistages passant par l’évaluation de la consommation de suppléments pourraient être conduites dans les lycées et les environnements sportifs afin de repérer le plus rapidement possible d’éventuels troubles dysmorphiques.
Par FUTURA
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