{"id":7148,"date":"2024-06-14T08:36:45","date_gmt":"2024-06-14T08:36:45","guid":{"rendered":"https:\/\/afrikmanagement.com\/?p=7148"},"modified":"2024-06-12T11:44:39","modified_gmt":"2024-06-12T11:44:39","slug":"quand-la-fiction-permet-dexplorer-le-futur-des-organisations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/2024\/06\/14\/quand-la-fiction-permet-dexplorer-le-futur-des-organisations\/","title":{"rendered":"Quand la fiction permet d\u2019explorer le futur des organisations"},"content":{"rendered":"<p>Tandis que les d\u00e9marches de prospective se multiplient, l\u2019entreprise &#8211; ses objectifs, son organisation &#8211; ne sont que tr\u00e8s rarement interrog\u00e9s. Le recours \u00e0 la fiction peut permettre d\u2019imaginer de nouveaux mod\u00e8les difficilement accessibles aux sciences de gestion.<\/p>\n<p>Le monde de\u00a0l\u2019entreprise\u00a0a connu, depuis un si\u00e8cle, un prodigieux d\u00e9veloppement de th\u00e9ories, de pratiques et d\u2019outils destin\u00e9s \u00e0 en optimiser toutes les dimensions. Plus particuli\u00e8rement, l\u2019entr\u00e9e en lice dans les ann\u00e9es 1970 de la \u00ab\u00a0th\u00e9orie de l\u2019agence\u00a0\u00bb pr\u00e9figure l\u2019orientation de l\u2019entreprise vers la\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0pour les actionnaires, alors m\u00eame que ces derniers ne constituent qu\u2019une cat\u00e9gorie de parties prenantes, au m\u00eame titre que les collaborateurs de l\u2019entreprise, la soci\u00e9t\u00e9 civile, etc. (\u00ab\u00a0Theory of the firm\u00a0: Managerial behavior, agency costs and ownership structure\u00a0\u00bb, de Michael C. Jensen et William H. Meckling, Journal of Financial Economics, 1976).<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019extr\u00eame, l\u2019entreprise devient \u00ab\u00a0entreprise-tableur\u00a0\u00bb,\u00a0rationalisant et chiffrant\u00a0chaque op\u00e9ration dans le but de maximiser la cr\u00e9ation de valeur actionnariale, souvent au d\u00e9triment du sens (\u00ab\u00a0L&rsquo;esprit malin du capitalisme\u00a0\u00bb, de Pierre-Yves Gomez, Fayard, 2019). Selon la sociologue Marie-Anne Dujarier, \u00ab\u00a0la critique sociale, \u00e0 tous les niveaux, nous dit que les dispositifs d\u00e9ploy\u00e9s dans le cadre du management contemporain forment une nouvelle bureaucratie, jug\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement\u00a0insens\u00e9e, pathog\u00e8ne et peu performante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise d\u2019aujourd\u2019hui se trouve comme prise au milieu d\u2019un faisceau de contradictions. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les techniques au service de l\u2019efficacit\u00e9 et de l\u2019efficience\u00a0s\u2019efforcent de r\u00e9duire le facteur humain \u00e0 la portion congrue, mais de l\u2019autre, on affirme sinc\u00e8rement que la\u00a0valeur de l\u2019entreprise, ce sont d\u2019abord les hommes et les femmes qui la composent. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les entreprises affirment, l\u00e0 encore souvent avec sinc\u00e9rit\u00e9, leur utilit\u00e9 sociale et leur engagement au service d\u2019objectifs qui les d\u00e9passent (par exemple les\u00a0Objectifs de d\u00e9veloppement durable\u00a0de l\u2019Organisation des Nations unies), mais de l\u2019autre, le crit\u00e8re d\u00e9terminant de mesure de la performance reste la valeur actionnariale.<\/p>\n<p>Ces tensions se manifestent au sein des entreprises, qui rencontrent des difficult\u00e9s \u00e0 recruter et fid\u00e9liser leurs plus jeunes collaborateurs, qui font face \u00e0 de nouvelles demandes et parfois de nouveaux conflits autour du \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb. Elles s\u2019expriment autour et \u00e0 propos d\u2019elles, que ce soit lorsque des militants d\u00e9noncent leur action (ou leur inaction climatique), lorsque des financiers et r\u00e9gulateurs les \u00e9valuent sur des crit\u00e8res extra-financiers ou bien\u2026 lorsque d\u2019autres financiers et r\u00e9gulateurs\u00a0les accusent de pr\u00eater attention \u00e0 ces m\u00eames crit\u00e8res.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre faudrait-il alors interroger le mod\u00e8le m\u00eame de l\u2019entreprise\u00a0? En effet, celle-ci\u00a0n\u2019existe sous sa forme actuelle que depuis assez peu de temps. Il semble d\u00e8s lors raisonnable de penser que cette forme est amen\u00e9e \u00e0 changer, que ce soit\u00a0pour agir dans un monde d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0fini\u00a0\u00bb, ou pour tirer pleinement parti des technologies num\u00e9riques (\u00ab\u00a0Conformer l\u2019\u00e9conomie digitale \u00e0 un mod\u00e8le social r\u00e9invent\u00e9\u00a0\u00bb, de Christophe Degryse, De Boeck Universit\u00e9, 2017).<\/p>\n<p><strong>L\u2019entreprise, point aveugle des d\u00e9marches de prospective<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019il existe des \u00e9quipes (voire des d\u00e9partements) de prospective dans la plupart des grandes entreprises ainsi que des instituts sp\u00e9cialis\u00e9s, force est de constater que rares sont ceux qui prennent l\u2019entreprise elle-m\u00eame comme objet d\u2019\u00e9tude. Et lorsque c\u2019est le cas, les m\u00e9thodes utilis\u00e9es pour penser des formes alternatives d\u2019entreprise sont le plus souvent irrigu\u00e9es par les sciences de gestion, ce qui limite n\u00e9cessairement le champ de l\u2019exploration\u00a0: on s\u2019interrogera, par exemple, sur le futur du travail ou des mod\u00e8les d\u2019affaires, sur des formes nouvelles de gouvernance, d\u2019organisation, ou de mesure de la performance.<\/p>\n<p>En revanche, ce qui doit faire tenir ensemble toutes ces transformations, \u00e0 savoir l\u2019entreprise (ou ce qui lui succ\u00e8dera), \u00e9chappe \u00e0 l\u2019attention et aux travaux des prospectivistes. Notons d\u2019ailleurs que cette difficult\u00e9 \u00e0 appr\u00e9hender les\u00a0<em>futurs<\/em>\u00a0possibles de l\u2019entreprise, vue comme un ensemble multi-dimensionnel, vaut peut-\u00eatre aussi pour l\u2019analyse de l\u2019entreprise au\u00a0<em>pr\u00e9sent<\/em>\u00a0(\u00ab\u00a0L&rsquo;entreprise, point aveugle du savoir\u00a0\u00bb, de Blanche Segrestin, Roger Baudoin et St\u00e9phane Vernac, Sciences humaines, pp.153-163, 2014).<\/p>\n<p>Pour rem\u00e9dier \u00e0 ce manque de prospective de l\u2019entreprise, le\u00a0r\u00e9seau Universit\u00e9 de la Pluralit\u00e9, organisation \u00e0 but non lucratif dont la mission est \u00ab\u00a0d\u2019explorer et d\u2019ouvrir la possibilit\u00e9 de futurs alternatifs, en mobilisant les ressources de l\u2019imagination\u00a0\u00bb, a con\u00e7u puis anim\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019entreprise qui vient\u00a0\u00bb \u2014 une d\u00e9marche qui vise \u00e0 imaginer comment la nature m\u00eame des entreprises pourrait se transformer, tandis qu\u2019elles sont toutes \u00e9prouv\u00e9es par le d\u00e9r\u00e8glement climatique, les acc\u00e9l\u00e9rations et les convergences technologiques, la r\u00e9currence des crises, ou encore la transformation des attentes des collaborateurs comme celles de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Entre 2020 et 2022, douze groupes compos\u00e9s de repr\u00e9sentants d\u2019entreprises et d\u2019autres organisations (notamment syndicales) ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis, en ligne ou en pr\u00e9sence, pendant quatre demies-journ\u00e9es.<\/p>\n<ul>\n<li>Pendant la premi\u00e8re demi-journ\u00e9e, les membres de chaque groupe ont partag\u00e9 leurs propres r\u00e9f\u00e9rences fictionnelles sur le futur de l\u2019entreprise, avant de travailler \u00e0 partir de \u00ab\u00a0facteurs de changement\u00a0\u00bb (politiques, \u00e9cologiques, sociaux, \u00e9conomiques, etc.) qui invitent \u00e0 penser que les entreprises du futur seront diff\u00e9rentes de celles d\u2019aujourd\u2019hui.<\/li>\n<li>Les seconde et troisi\u00e8me rencontres ont pris la forme\u00a0d\u2019ateliers d\u2019\u00e9criture cr\u00e9ative\u00a0anim\u00e9s par des auteurs pour la plupart issus de la science-fiction.<\/li>\n<li>Enfin, le dernier atelier invitait le groupe \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 sa propre production, afin d\u2019approfondir certaines id\u00e9es et de commencer \u00e0 identifier quelques pistes de r\u00e9flexion ou d\u2019action pour les entreprises d\u2019aujourd\u2019hui.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Tandis que les groupes n\u2019avaient pas pour consigne d\u2019imaginer des entreprises d\u00e9sirables, il leur \u00e9tait par contre demand\u00e9 d\u2019avoir \u00e0 l\u2019esprit les \u00ab\u00a0forces de changement\u00a0\u00bb retenues, de laisser libre cours \u00e0 leur imagination &#8211; sous la conduite d\u2019auteurs exp\u00e9riment\u00e9s &#8211; et de se pr\u00e9occuper en priorit\u00e9 d\u2019imaginer des r\u00e9cits narrativement coh\u00e9rents. L\u2019hypoth\u00e8se sous-jacente \u00e9tait que cette forme de coh\u00e9rence \u00ab\u00a0interne\u00a0\u00bb aux productions fictionnelles tenait lieu d\u2019approche holistique de l\u2019entreprise, obligeant en effet \u00e0 prendre en compte l\u2019interd\u00e9pendance des diff\u00e9rentes dimensions qui la composent et \u00e0 faire \u00e9merger et si possible traiter les tensions et contradictions qui l\u2019habitent.<\/p>\n<p><strong>Des nouveaux mod\u00e8les d\u2019organisation difficilement accessibles aux sciences de gestion<\/strong><\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, les travaux d\u2019\u00e9criture ont permis de faire \u00e9merger\u00a0<strong>10 arch\u00e9types d\u2019entreprises du futur\u00a0<\/strong>&#8211; ni totalement d\u00e9sirables, ni totalement ha\u00efssables, et bien souvent (comme aujourd\u2019hui) aux prises avec des difficult\u00e9s, des dilemmes et des conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>Leur analyse a permis de d\u00e9gager deux axes structurants le long desquels ils peuvent \u00eatre r\u00e9partis.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7149\" src=\"https:\/\/afrikmanagement.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/CC8.jpg\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"294\" \/><\/p>\n<p>\u27a4\u00a0<strong>Le long du premier axe,<\/strong>\u00a0les arch\u00e9types distinguent :<\/p>\n<ul>\n<li>d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des entreprises qui se vivent avant tout comme parties prenantes d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, pr\u00e9occup\u00e9es des impacts de leur activit\u00e9, voire d\u00e9sireuses de prendre en charge des d\u00e9fis collectifs\u00a0;<\/li>\n<li>de l\u2019autre, des entreprises qui se concentrent avant tout sur la maximisation de leurs revenus et de leurs profits, au nom de la \u00ab\u00a0doctrine Friedman\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La notion de \u00ab\u00a0politisation\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 retenue d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pour d\u00e9signer le premier p\u00f4le. Le travail collectif a en effet bien montr\u00e9 &#8211; souvent \u00e0 la surprise des participants eux-m\u00eames &#8211; que le fait, pour une entreprise, de se donner une \u00ab\u00a0mission\u00a0\u00bb ou une \u00ab\u00a0raison d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb, constituait bel et bien un acte de nature politique et susceptible d\u2019\u00eatre discut\u00e9 comme tel \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019organisation.<\/p>\n<p>Organisation politis\u00e9e par excellence, la \u00ab\u00a0<strong>Corp B<\/strong>\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0Mission \u00e0 entreprise\u00a0\u00bb, est ainsi une entreprise construite \u00e0 partir d\u2019un objectif consid\u00e9r\u00e9 comme d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, que d\u2019autres types d\u2019institutions ou d\u2019organisations ne semblent pas en mesure d\u2019atteindre. La mission pr\u00e9c\u00e8de l\u2019organisation, \u00e0 tel point qu\u2019en principe, l\u2019organisation ne survit pas \u00e0 la mission.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, la \u00ab\u00a0<strong>Mercatrice\u00a0\u00bb<\/strong>\u00a0se consacre exclusivement \u00e0 l\u2019extension du domaine de la marchandise en s\u2019appuyant sur la conviction selon laquelle le prix est le meilleur indicateur de la valeur qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9 accorde aux choses, qu\u2019elles soient mat\u00e9rielles ou immat\u00e9rielles. Dynamique, hyper-r\u00e9active, efficace, innovante, \u00e0 l\u2019\u00e9coute du march\u00e9 et tout enti\u00e8re tendue vers le succ\u00e8s, la Mercatrice consid\u00e8re que toute autre pr\u00e9occupation, notamment politique, n\u2019est que distraction ou r\u00e9sistance au changement.<\/p>\n<p>\u27a4\u00a0<strong>Le long du second axe,<\/strong>\u00a0certains arch\u00e9types sont construits autour du principe selon lequel l\u2019entreprise est avant tout un \u00ab\u00a0projet commun\u00a0\u00bb, qui existe gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion d\u2019un collectif \u00e0 une vision, une mission, des valeurs, un savoir-faire.<\/p>\n<p>Pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, le projet commun peut consister, comme c\u2019est le cas dans les \u00ab\u00a0<strong>Guildes<\/strong>\u00a0\u00bb, \u00e0 procurer \u00e0 une certaine cat\u00e9gorie de professionnels un emploi stable (voire \u00e0 vie) et les conditions de leur d\u00e9veloppement, tout en assurant leur placement aupr\u00e8s d\u2019organisations qui en ont besoin pour leur activit\u00e9 (et qui sont de plus en plus contraintes de passer par elles pour disposer de certaines comp\u00e9tences)\u00a0: l\u2019entreprise-collectif humain se s\u00e9pare alors de l\u2019entreprise productive.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9, d\u2019autres organisations reposent sur l\u2019id\u00e9e de l\u2019entreprise en tant que \u00ab\u00a0dispositif\u00a0\u00bb, sous-tendu par les valeurs cardinales d\u2019optimisation de l\u2019organisation et de cr\u00e9ation de valeur \u00e9conomique.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que l\u2019\u00ab\u00a0<strong>Organisation autonome automatis\u00e9e<\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0s\u2019appuie sur les technologies num\u00e9riques pour automatiser la quasi-totalit\u00e9 des t\u00e2ches et des relations\u00a0et r\u00e9duire, jusqu\u2019\u00e0 peut-\u00eatre faire dispara\u00eetre, ses effectifs. Le contr\u00f4le de l\u2019entreprise par les actionnaires est absolu, d\u00e8s lors que chacune de leurs d\u00e9cisions est syst\u00e9matiquement transform\u00e9e en programme informatique auto-ex\u00e9cutable (<em>smart contract<\/em>) et que la tra\u00e7abilit\u00e9 int\u00e9grale des op\u00e9rations est garantie (gr\u00e2ce, notamment, \u00e0 l\u2019utilisation syst\u00e9matique de\u00a0<em>blockchains<\/em>).<\/p>\n<p><strong>S\u2019appuyer sur la fiction pour enrichir les conversations strat\u00e9giques en entreprise<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019entreprise qui vient\u00a0\u00bb est une d\u00e9marche de prospective cr\u00e9ative qui vise \u00e0 \u00ab\u00a0lib\u00e9rer notre imagination [et \u00e0] ouvrir nos esprits \u00e0 des possibilit\u00e9s radicalement nouvelles\u00a0\u00bb. Elle peut notamment permettre de mettre en r\u00e9cit des formes possibles d\u2019entreprises que les\u00a0sciences de gestion\u00a0ne permettent pas de faire \u00e9merger &#8211; mais dont elles pourraient en revanche aider \u00e0 penser la mise en \u0153uvre (\u00ab\u00a0Pr\u00e9parer l\u2019enseignement sup\u00e9rieur de gestion aux d\u00e9fis \u00e9nerg\u00e9tiques et \u00e9cologiques de l\u2019Anthropoc\u00e8ne\u00a0\u00bb, de Guillaume Carton et Bertrand Valiorgue, Revue fran\u00e7aise de gestion, 2023).<\/p>\n<p><strong>En pratique, une entreprise peut s\u2019en saisir en organisant par exemple un atelier dans lequel les participants &#8211; membres de l\u2019\u00e9quipe dirigeante, cadres, collaborateurs &#8211; sont plac\u00e9s devant le fait accompli\u00a0<\/strong>: dans 5, 10, ou 25 ans, leur organisation a pris la forme de l\u2019un des dix arch\u00e9types imagin\u00e9s \u00e0 l\u2019issue de \u00ab\u00a0l\u2019entreprise qui vient\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Que s\u2019est-il pass\u00e9\u00a0? Qu\u2019est-ce qui a chang\u00e9 entre aujourd\u2019hui et l\u2019horizon de temps \u00e0 l\u2019\u00e9tude\u00a0? Quelles ont \u00e9t\u00e9 les \u00e9tapes du changement de l\u2019organisation\u00a0? Quels messages-cl\u00e9s &#8211; points d\u2019attention, propositions, etc. &#8211; les participants souhaitent-ils adresser \u00e0 l\u2019entreprise d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0? Plong\u00e9s dans un mod\u00e8le d\u2019organisation jamais envisag\u00e9 jusque-l\u00e0, les participants peuvent alors \u00ab\u00a0regarder le pr\u00e9sent et l\u2019\u00e9valuer du point de vue du futur\u00a0\u00bb, faire le lien avec les d\u00e9fis propres \u00e0 leur entreprise et imaginer des solutions in\u00e9dites. Ce dispositif a \u00e9t\u00e9 test\u00e9 avec succ\u00e8s dans trois grandes entreprises.<\/p>\n<p>La doctrine Friedman, selon laquelle \u00ab\u00a0la seule et unique responsabilit\u00e9 sociale d\u2019une entreprise est d\u2019utiliser ses ressources et d\u2019entreprendre des activit\u00e9s dans le but d\u2019accro\u00eetre ses profits\u00a0\u00bb, est de plus en plus contest\u00e9e et jug\u00e9e contre-productive (voire d\u00e9l\u00e9t\u00e8re) car elle ignorerait les cons\u00e9quences des activit\u00e9s \u00e9conomiques sur l\u2019habitabilit\u00e9 de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, l\u2019essayiste et journaliste Naomi Klein consid\u00e8re que \u00ab\u00a0le changement climatique est un \u00e9chec de l\u2019imagination\u00a0\u00bb. Recourir \u00e0 la fiction pour concevoir de nouveaux mod\u00e8les d\u2019entreprise appara\u00eet alors comme un moyen pertinent pour\u00a0aligner\u00a0\u00ab\u00a0[les] int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, le temps court, avec ceux de la soci\u00e9t\u00e9 et de la plan\u00e8te, le temps long \u00bb.<\/p>\n<p>Par Thomas Gauthier,Daniel Kaplan,Ingrid Kandelman<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tandis que les d\u00e9marches de prospective se multiplient, l\u2019entreprise &#8211; ses objectifs, son organisation &#8211; ne sont que tr\u00e8s rarement interrog\u00e9s. Le recours \u00e0 la fiction peut permettre d\u2019imaginer de nouveaux mod\u00e8les difficilement accessibles aux sciences de gestion. Le monde de\u00a0l\u2019entreprise\u00a0a connu, depuis un si\u00e8cle, un prodigieux d\u00e9veloppement de th\u00e9ories, de pratiques et d\u2019outils destin\u00e9s \u00e0 en optimiser toutes les dimensions. Plus particuli\u00e8rement, l\u2019entr\u00e9e en lice dans les ann\u00e9es 1970 de la \u00ab\u00a0th\u00e9orie de l\u2019agence\u00a0\u00bb pr\u00e9figure l\u2019orientation de l\u2019entreprise vers la\u00a0cr\u00e9ation de valeur\u00a0pour les actionnaires, alors m\u00eame que ces derniers ne constituent qu\u2019une cat\u00e9gorie de parties prenantes, au m\u00eame titre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7150,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[27],"tags":[736,737,128,738,508],"class_list":["post-7148","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-organisation","tag-fiction","tag-futur-des-organisations","tag-innovation","tag-prospective","tag-transformation-digitale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7148"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7152,"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7148\/revisions\/7152"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7150"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}