{"id":4217,"date":"2023-11-05T11:00:52","date_gmt":"2023-11-05T11:00:52","guid":{"rendered":"https:\/\/afrikmanagement.com\/?p=4217"},"modified":"2023-10-30T11:02:03","modified_gmt":"2023-10-30T11:02:03","slug":"comment-entrer-dans-un-triangle-createur-de-valeurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/2023\/11\/05\/comment-entrer-dans-un-triangle-createur-de-valeurs\/","title":{"rendered":"Comment entrer dans un triangle cr\u00e9ateur de valeurs"},"content":{"rendered":"<p><b>En entreprise, l\u2019infernal triangle victime-pers\u00e9cuteur-sauveur peut freiner la cr\u00e9ation de valeurs.<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans beaucoup d\u2019entreprises, les salari\u00e9s peuvent \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 se plaindre, g\u00e9n\u00e9rant un climat tendu. Ils entrent dans ce que l\u2019on appelle le triangle dramatique ou\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.dunod.com\/sciences-humaines-et-sociales\/triangle-dramatique-manipulation-compassion\"><b>triangle de Karpman<\/b><\/a><span style=\"font-weight: 400;\">, du nom du psychiatre Stephen Karpman. Cette figure d\u2019analyse transactionnelle, bien connue, notamment en psychologie, met en \u00e9vidence trois postures qu\u2019\u00e9pousent r\u00e9guli\u00e8rement les individus, capables de jouer alternativement les trois r\u00f4les.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le premier r\u00f4le est celui du\u00a0<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">pers\u00e9cuteur<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Il est celui qui accuse, bl\u00e2me, juge et fait des reproches. Le deuxi\u00e8me est le r\u00f4le de la\u00a0<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">victime<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">, indissociable de son pers\u00e9cuteur. Il est celui que l\u2019on entend se plaindre \u00e0 la machine \u00e0 caf\u00e9 : \u00ab Mon manager m\u2019a fait ceci, m\u2019a dit cela\u2026 \u00bb Il est le bouc \u00e9missaire, celui qui pense ne pas\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.hbrfrance.fr\/magazine\/2019\/05\/25712-decouvrez-ou-se-cache-le-vrai-pouvoir-dans-votre-organisation\/\"><b>avoir le pouvoir<\/b><\/a><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0et d\u00e9pendre des autres ou d\u2019une situation donn\u00e9e. Il est, par exemple, ce subordonn\u00e9 qui se sent soumis \u00e0 une d\u00e9cision qui n\u2019est pas la sienne. Le troisi\u00e8me et dernier r\u00f4le est celui du\u00a0<\/span><i><span style=\"font-weight: 400;\">sauveur<\/span><\/i><span style=\"font-weight: 400;\">. Il est le r\u00e9sultat de la dynamique cr\u00e9\u00e9e par ce qui pr\u00e9c\u00e8de : il est l\u00e0 pour sauver la victime du pers\u00e9cuteur. On peut le retrouver sous les traits du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du personnel, du manager, du RH ou tout simplement d\u2019un coll\u00e8gue, voire d\u2019une \u00e9quipe enti\u00e8re. Le sauveur renforce aussi la dynamique : la victime est une victime puisqu\u2019elle a besoin d\u2019un sauveur pour \u00eatre sauv\u00e9e. Il n\u2019y a pas de victime sans sauveur, et r\u00e9ciproquement. D\u2019une certaine mani\u00e8re, le sauveur est victime de la victime. Dans le monde du travail, ce jeu \u00e0 trois peut rapidement freiner la cr\u00e9ation de valeurs.<\/span><\/p>\n<p><b>Prisonniers du triangle dramatique<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans l\u2019entreprise, c\u2019est souvent le manager qui prend le r\u00f4le du pers\u00e9cuteur ou du bourreau. Lorsqu\u2019il essaie de faire avancer le travail au sein de l\u2019\u00e9quipe, il peut parfois arriver qu\u2019il bouscule quelqu\u2019un. Et, lorsqu\u2019il est frustr\u00e9, il peut formuler des reproches. De quoi d\u00e9clencher ce sc\u00e9nario relationnel infernal entre victime, pers\u00e9cuteur et sauveur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Mais le manager peut aussi adopter la posture, tout aussi probl\u00e9matique, du sauveur. Il peut par exemple l\u2019utiliser pour affirmer son autorit\u00e9, ce que l\u2019on observe fr\u00e9quemment dans le management interm\u00e9diaire. Dans ce cas pr\u00e9cis, le manager se positionne comme une sorte de \u00ab porte-voix \u00bb des membres de son \u00e9quipe : \u00ab Nous n\u2019arrivons pas \u00e0 nous faire entendre des dirigeants ? Faites-moi confiance, je vais m\u2019en charger. \u00bb Ces jeux psychologiques peuvent lui permettre d\u2019asseoir une forme de pouvoir sur les autres collaborateurs. Parfois, ce n\u2019est pas le manager, mais un membre de l\u2019\u00e9quipe qui peut jouer ce r\u00f4le.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La pyramide hi\u00e9rarchique entretient ces m\u00e9canismes. Le syst\u00e8me de management conventionnel renforce naturellement la posture de victime. Lorsque les autorit\u00e9s ne sont pas claires, ce qui est souvent le cas, c\u2019est le lien de subordination, l\u2019ascendant hi\u00e9rarchique qui compte. Si les engagements et les \u00e9ch\u00e9ances sont au c\u0153ur de votre fonctionnement, par exemple, il est assez facile de jouer le bourreau quand quelqu\u2019un ne les tient pas (\u00ab Il est coupable, je suis victime \u00bb).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le plus souvent, le pers\u00e9cuteur ne se voit alors pas comme un bourreau, mais plut\u00f4t comme un h\u00e9ros incompris, qui essaye d\u2019aider l\u2019entreprise alors que l\u2019autre ne remplit pas sa part du contrat. Il consid\u00e8re ses exigences et ses reproches comme l\u00e9gitimes.<\/span><\/p>\n<p><b>Lib\u00e9r\u00e9s avec le triangle cr\u00e9ateur de valeurs<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le concept de triangle cr\u00e9ateur, imagin\u00e9 par le coach et expert en leadership David Emerald dans son ouvrage \u00ab The Power of TED* (*The Empowerment Dynamic) \u00bb, peut permettre de basculer vers une dynamique positive et cr\u00e9atrice de valeurs.<\/span><\/p>\n<p><b>De victime \u00e0\u00a0<\/b><b><i>cr\u00e9ateur<\/i><\/b><b>\u00a0de valeurs.<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0La version positive de la victime est le cr\u00e9ateur. M\u00eame s\u2019il se passe quelque chose qui ne vous pla\u00eet pas, vous allez faire avec. Comme le dit l\u2019adage populaire : \u00ab Il n\u2019y a pas de probl\u00e8me, il n\u2019y a que des solutions. \u00bb La victime devient un cocr\u00e9ateur, qui fait avec la r\u00e9alit\u00e9 pour aller l\u00e0 o\u00f9 il veut aller.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Avec un\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.hbrfrance.fr\/chroniques-experts\/2020\/01\/28925-liberer-la-puissance-des-collaborateurs-grace-au-management-constitutionnel\/\"><b>management constitutionnel<\/b><\/a><span style=\"font-weight: 400;\">, il est plus difficile d\u2019adopter une posture de victime. Ainsi, quelle que soit la situation dans laquelle un individu se trouve, il est en mesure de le traiter et d\u2019avancer. Il peut, par exemple, se rendre en r\u00e9union de gouvernance et changer la fa\u00e7on dont les choses fonctionnent, au sein ou au-del\u00e0 de son \u00e9quipe. Alors que le syst\u00e8me hi\u00e9rarchique traditionnel pousse \u00e0 la posture de victime, le management constitutionnel pousse \u00e0 la cr\u00e9ation en invitant chacun \u00e0 se mettre en mouvement. Ce genre de changement ne se fait pas, bien s\u00fbr, du jour au lendemain. Les individus continueront de se raconter des histoires de victimes. Mais se plaindre devient un choix : chacun peut d\u00e9cider d\u2019abandonner cette posture au profit de celle du cr\u00e9ateur, car il a les outils pour le faire. C\u2019est ce que j\u2019appelle \u00ab l\u2019art du triage \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La question de la gestion des \u00e9ch\u00e9ances dans l\u2019organisation est un bon exemple. Si les \u00e9ch\u00e9ances ne disparaissent pas avec le management constitutionnel, celui-ci change tout de m\u00eame la donne. En effet, selon la constitution, chacun est responsable et autonome dans son r\u00f4le, c\u2019est-\u00e0-dire l\u00e9gitime et habilit\u00e9 \u00e0 prioriser ce sur quoi il travaille \u2013 et ce, dans le cadre des priorit\u00e9s et des strat\u00e9gies donn\u00e9es au cercle qui contient ce r\u00f4le. La gestion de l\u2019\u00e9ch\u00e9ance est alors copilot\u00e9e dans une relation d\u2019adulte \u00e0 adulte, de pair \u00e0 pair. Le demandeur y travaille et porte la responsabilit\u00e9 de ses \u00e9ch\u00e9ances plut\u00f4t que de s\u2019en d\u00e9faire sur autrui. Il s\u2019implique comme partenaire d\u00e8s le d\u00e9but et non, \u00e0 la fin, comme juge ou pers\u00e9cuteur.<\/span><\/p>\n<p><b>De pers\u00e9cuteur \u00e0\u00a0<\/b><b><i>challenger<\/i><\/b><b>.\u00a0<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">Dans le triangle dramatique, le pers\u00e9cuteur est sans doute le plus frustr\u00e9 : alors qu\u2019il veut faire progresser l\u2019entreprise, il s\u2019en trouve emp\u00each\u00e9 par les autres. Il veut challenger l\u2019organisation et les \u00e9quipes, mais passe pour un emp\u00eacheur de tourner en rond. Dans le triangle cr\u00e9ateur, le pers\u00e9cuteur se transforme en challenger. Mu par une dynamique positive, il a la m\u00eame volont\u00e9 et la m\u00eame \u00e9nergie que le pers\u00e9cuteur \u2013 les reproches en moins. Car il ne voit plus l\u2019autre comme une victime, mais comme un cr\u00e9ateur. Il challenge sans juger ni bl\u00e2mer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Cette posture positive lui renvoie, en miroir, ses attentes implicites. Le management constitutionnel met alors \u00e0 sa disposition les outils n\u00e9cessaires pour les rendre explicites, et ainsi agir et challenger ais\u00e9ment. Lors d\u2019une r\u00e9union de gouvernance, par exemple, il peut demander \u00e0 ajouter une redevabilit\u00e9 \u00e0 un r\u00f4le, puis demander au leader de ce r\u00f4le quel est le projet qu\u2019il compte lancer pour la mettre en \u0153uvre. Il peut aussi utiliser les r\u00e8gles de coop\u00e9ration et s\u2019enqu\u00e9rir de sa projection quant \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement du projet, de ses priorit\u00e9s. C\u2019est une fa\u00e7on saine d\u2019avancer sans bl\u00e2mer et de nourrir un besoin l\u00e9gitime de\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.hbrfrance.fr\/chroniques-experts\/2020\/11\/32373-comment-concevoir-une-organisation-creatrice-de-valeur\/\"><b>cr\u00e9ation de valeurs<\/b><\/a><span style=\"font-weight: 400;\">. Cette posture permet de profiter de fa\u00e7on constructive de l\u2019\u00e9nergie autrefois pers\u00e9cutrice.<\/span><\/p>\n<p><b>De sauveur \u00e0\u00a0<\/b><b><i>coach<\/i><\/b><b>.<\/b><span style=\"font-weight: 400;\">\u00a0En le sauvant, le sauveur renvoie \u00e0 l\u2019autre une image qui n\u2019est en rien positive. Le message implicite qu\u2019il transmet est : \u00ab Tu as besoin de moi. \u00bb S\u2019il pense faire une bonne action, il renforce en r\u00e9alit\u00e9 la posture de victime. Un coach, au contraire, fait passer un message positif : \u00ab Tu n\u2019es pas une victime, tu n\u2019as pas besoin de sauveur, tu peux traiter toi-m\u00eame tes probl\u00e8mes et avancer avec les outils dont tu disposes. \u00bb Le coach propose d\u2019aider et de soutenir, il ne fait pas \u00e0 la place de l\u2019autre, il l\u2019aide \u00e0 identifier des pistes pour cheminer vers les solutions.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le management constitutionnel offre la plupart des outils et des pistes pour permettre \u00e0 chacun de se mettre en mouvement, y compris la capacit\u00e9 \u00e0 changer la fa\u00e7on dont les choses fonctionnent dans l\u2019entreprise, \u00e0 chaque fois qu\u2019il est limit\u00e9 dans l\u2019exercice de son r\u00f4le pour cr\u00e9er de la valeur. Le coach est une sorte de GPS pour les autres, leur proposant des chemins \u00e0 emprunter. Ce faisant, il les aide \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 ma\u00eetriser ces nouveaux outils, mais aussi \u00e0\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.hbrfrance.fr\/chroniques-experts\/2020\/12\/32449-place-a-lexpertise-liberee\/\"><b>d\u00e9velopper leur leadership dans leurs r\u00f4les<\/b><\/a><span style=\"font-weight: 400;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ainsi, lorsqu\u2019il est sollicit\u00e9 par un membre de son \u00e9quipe, un manager (leader de cercle) peut lui r\u00e9pondre : \u00ab Je te rappelle que je n\u2019ai aucune autorit\u00e9 sur le sujet qui t\u2019am\u00e8ne. Tu as d\u00e9j\u00e0 toute autorit\u00e9 en la mati\u00e8re. Ceci \u00e9tant dit, si tu le souhaites, je serai ravi de t\u2019aider, de te soutenir, de brainstormer avec toi ou de te donner des id\u00e9es, des pistes sur la fa\u00e7on dont tu pourrais traiter ta tension. Mais sache qu\u2019en aucun cas, je ne la traiterai \u00e0 ta place. \u00bb Par exp\u00e9rience, je sais que cette phrase, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement, est \u00ab magique \u00bb pour qui veut passer du triangle dramatique cr\u00e9ateur de malheurs au triangle cr\u00e9ateur de valeurs.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><b>Par<\/b> <a href=\"https:\/\/www.hbrfrance.fr\/experts\/bernard-marie-chiquet\"><b>Bernard Marie Chiquet<\/b><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En entreprise, l\u2019infernal triangle victime-pers\u00e9cuteur-sauveur peut freiner la cr\u00e9ation de valeurs. Dans beaucoup d\u2019entreprises, les salari\u00e9s peuvent \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 se plaindre, g\u00e9n\u00e9rant un climat tendu. Ils entrent dans ce que l\u2019on appelle le triangle dramatique ou\u00a0triangle de Karpman, du nom du psychiatre Stephen Karpman. Cette figure d\u2019analyse transactionnelle, bien connue, notamment en psychologie, met en \u00e9vidence trois postures qu\u2019\u00e9pousent r\u00e9guli\u00e8rement les individus, capables de jouer alternativement les trois r\u00f4les. Le premier r\u00f4le est celui du\u00a0pers\u00e9cuteur. Il est celui qui accuse, bl\u00e2me, juge et fait des reproches. Le deuxi\u00e8me est le r\u00f4le de la\u00a0victime, indissociable de son pers\u00e9cuteur. 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