{"id":3459,"date":"2023-09-06T14:44:02","date_gmt":"2023-09-06T14:44:02","guid":{"rendered":"https:\/\/afrikmanagement.com\/?p=3459"},"modified":"2023-10-05T14:45:24","modified_gmt":"2023-10-05T14:45:24","slug":"le-phenomene-des-gnambros-en-cote-divoire-securite-ordre-public-et-cohesion-sociale-en-peril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afrikmanagement.com\/index.php\/2023\/09\/06\/le-phenomene-des-gnambros-en-cote-divoire-securite-ordre-public-et-cohesion-sociale-en-peril\/","title":{"rendered":"Le ph\u00e9nom\u00e8ne des &lsquo;Gnambros&rsquo; en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire : S\u00e9curit\u00e9, ordre public et coh\u00e9sion sociale en p\u00e9ril"},"content":{"rendered":"<p>Les &lsquo;gnambros&rsquo;, \u00e9galement appel\u00e9s &amp;quot;gros dur&amp;quot; en nouchi, un argot ivoirien, se<br \/>\ntrouvent dans les environs des gares routi\u00e8res et ont pour activit\u00e9 d&amp;#39;aider \u00e0<br \/>\ncharger les passagers dans les v\u00e9hicules de transport. Traditionnellement, ils<br \/>\nsollicitent des conducteurs une somme d&amp;#39;environ 25 francs CFA par passager<br \/>\n(l&amp;#39;\u00e9quivalent de quatre centimes d&amp;#39;euro) en tant que &amp;quot;droit de chargement&amp;quot;.<\/p>\n<p>Cependant, ce service s&amp;#39;est transform\u00e9 en une dynamique plus agressive : les<br \/>\ngnambros contraignent d\u00e9sormais les chauffeurs de taxis collectifs \u00e0 verser des<br \/>\npourboires de plus en plus \u00e9lev\u00e9s, n&amp;#39;h\u00e9sitant pas \u00e0 recourir \u00e0 la violence pour<br \/>\nintimider les conducteurs r\u00e9calcitrants. Munis de b\u00e2tons, de poings am\u00e9ricains,<br \/>\nde lance-pierres et m\u00eame de &amp;quot;dents de ca\u00efman&amp;quot;, des objets pointus destin\u00e9s \u00e0<br \/>\ncrever les pneus des v\u00e9hicules, ils sont per\u00e7us comme une menace constante par<br \/>\nles chauffeurs de w\u00f4ro-w\u00f4ro ou de gbaka, les taxis abidjanais et m\u00eame pour les<br \/>\npopulations.<br \/>\nLe ph\u00e9nom\u00e8ne des &amp;quot;gnambros&amp;quot; en C\u00f4te d&amp;#39;Ivoire, bien que profond\u00e9ment ancr\u00e9<br \/>\ndans les r\u00e9alit\u00e9s urbaines, a pris une ampleur croissante, comme en t\u00e9moignent<br \/>\nles chiffres r\u00e9cents. Le terme &amp;quot;gnambros&amp;quot;, originaire du nouchi, langage<br \/>\npopulaire ivoirien, est utilis\u00e9 pour d\u00e9signer ces jeunes impliqu\u00e9s dans des<br \/>\nactivit\u00e9s informelles de transport et de logistique. L&amp;#39;\u00e9volution de ce ph\u00e9nom\u00e8ne<br \/>\npeut \u00eatre illustr\u00e9e \u00e0 travers plusieurs chiffres cl\u00e9s.<br \/>\nL&amp;#39;urbanisation rapide en C\u00f4te d&amp;#39;Ivoire a contribu\u00e9 \u00e0 l&amp;#39;\u00e9mergence des gnambros.<br \/>\nAvec une croissance d\u00e9mographique moyenne d&amp;#39;environ 2,5 % par an, les villes<br \/>\nivoiriennes ont vu une augmentation de la demande de services de livraison et<br \/>\nde transport informels, alimentant ainsi le ph\u00e9nom\u00e8ne des gnambros.<br \/>\nSelon les estimations, pr\u00e8s de 40 % de la population ivoirienne a moins de 25<br \/>\nans, ce qui repr\u00e9sente une vaste r\u00e9serve de jeunes potentiellement impliqu\u00e9s<br \/>\ndans des activit\u00e9s informelles, dont beaucoup pourraient \u00eatre qualifi\u00e9s de<br \/>\ngnambros. Ce chiffre souligne le lien entre le manque d&amp;#39;opportunit\u00e9s formelles<br \/>\nd&amp;#39;emploi et l&amp;#39;essor de ces activit\u00e9s informelles.<br \/>\nLes gnambros jouent un r\u00f4le crucial dans l&amp;#39;\u00e9conomie informelle. Environ 60 %<br \/>\ndu produit int\u00e9rieur brut (PIB) de la C\u00f4te d&amp;#39;Ivoire provient du secteur informel.<br \/>\nLes activit\u00e9s de collecte et de livraison de marchandises des gnambros<\/p>\n<p>contribuent \u00e0 cette part substantielle de l&amp;#39;\u00e9conomie, mais au prix d&amp;#39;une r\u00e9gulation<br \/>\ninad\u00e9quate et d&amp;#39;une protection sociale limit\u00e9e.<\/p>\n<p>Lors de notre enqu\u00eate, nous avons pu interroger des jeunes gnambros dans la<br \/>\ncommune de Cocody.<br \/>\nAg\u00e9 de 18 ans A. P t\u00e9moigne en ces termes\u00a0; \u00ab\u00a0je suis devenu gnambros parce<br \/>\nque je suis sans emploi. Chaque jour je suis au quartier, je ne travail pas. Mes<br \/>\nparents aussi n\u2019ont pas les moyens pour me mettre \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Donc pour vivre<br \/>\nc\u2019est difficile. Tant que je ne fais pas \u00e7a je ne peux pas avoir l\u2019argent pour<br \/>\nmanger\u2019\u2019.<br \/>\nPareil Seydou qui a quitt\u00e9 ses parents qui sont \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays pour<br \/>\nregagner Abidjan, la capitale \u00e9conomique ivoirienne pour \u2018\u2019se chercher\u2019\u2019, selon<br \/>\nlui. \u2018\u2019je suis rentr\u00e9 dans le groupe des gnambros pour avoir un peu d\u2019argent sur<br \/>\nmoi chaque. Parce sans \u00e7a je ne peu pas manger. Quand nous sommes sur la<br \/>\nroute chaque voiture qui charge devant nous doit payer. Nous sommes dans<br \/>\ntoutes les communes d\u2019Abidjan et dans certaines villes du pays. Nous avons nos<br \/>\npatrons\u2019\u2019.<br \/>\nDans la commune de Cocody, le maire de ladite commune a voulu interdire ces<br \/>\njeunes de stationner les v\u00e9hicules de transport. Mais cette d\u00e9cision a cr\u00e9\u00e9 une<br \/>\nvague d\u2019indignation. Des bagarres rang\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es. Et de nombreux<br \/>\nbless\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 comptabilis\u00e9s.<br \/>\nDonnant des pr\u00e9cisions sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne, un syndicaliste pr\u00e9cise ceci\u00a0: \u2018\u2019Les<br \/>\ngnambros ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans les ann\u00e9es 90 par l\u2019ancien syndicat unique des<br \/>\ntransports (SNTM-CI) pour faire face \u00e0 la cr\u00e9ation de nouveaux syndicats de<br \/>\ntransporteurs qu\u2019ils voyaient comme une menace pour son march\u00e9. Pour garder<br \/>\nla main mise sur le secteur, l\u2019ancien syndicat a embauch\u00e9 des gros bras charg\u00e9s<br \/>\nde taxer les chauffeurs. Petit \u00e0 petit, chaque syndicat a recrut\u00e9 ses gnambros, et<br \/>\nle syst\u00e8me s\u2019est organis\u00e9 : chaque syndicat s\u2019arrangeait pour avoir &amp;quot;son jour de<br \/>\ncollecte&amp;quot; et \u00e9viter les affrontements entre gnambros. Ce n\u2019\u00e9tait pas un syst\u00e8me<br \/>\nacceptable pour le client, mais au moins il y avait peu de d\u00e9bordement.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me, c\u2019est que beaucoup de gnambros ont d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019\u00e9manciper de la<br \/>\ntutelle de ces syndicats pour faire leur propre business et utilisent depuis<br \/>\nquelques mois des m\u00e9thodes violentes. Notre organisation a estim\u00e9 que les<br \/>\ngnambros rackettent aux entreprises de transports environ 20 millions de francs<br \/>\nCFA par jour. Dans le pire des cas, c\u2019est retenu sur la paie du chauffeur. Et avec<\/p>\n<p>un salaire de 30 000 francs CFA par mois, on comprend que certains prennent le<br \/>\nrisque de se faire bastonner pour \u00e9viter de passer \u00e0 la caisse\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Le manque de r\u00e9gulation et de formation ad\u00e9quate pour les gnambros a des<br \/>\nr\u00e9percussions sur la s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re. Avec un taux \u00e9lev\u00e9 de mortalit\u00e9 sur les<br \/>\nroutes ivoiriennes, estim\u00e9 \u00e0 environ 26,6 pour 100 000 habitants, les activit\u00e9s<br \/>\ndes gnambros ajoutent un \u00e9l\u00e9ment de risque \u00e0 cette situation d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9occupante.<br \/>\nLa croissance du nombre de gnambros a exacerb\u00e9 les probl\u00e8mes de trafic dans<br \/>\nles villes ivoiriennes. Environ 70 % des m\u00e9nages urbains utilisent des modes de<br \/>\ntransport non motoris\u00e9s, et l&amp;#39;ajout des activit\u00e9s de livraison des gnambros peut<br \/>\naggraver la congestion et les engorgements routiers.<br \/>\nL&amp;#39;absence de r\u00e9gulation formelle autour des activit\u00e9s des gnambros pose des<br \/>\nd\u00e9fis majeurs. Seulement environ 10 % des travailleurs informels en C\u00f4te<br \/>\nd&amp;#39;Ivoire ont acc\u00e8s \u00e0 une protection sociale, laissant la majorit\u00e9 des gnambros<br \/>\nsans filet de s\u00e9curit\u00e9 en cas d&amp;#39;accident ou de probl\u00e8mes de sant\u00e9.<br \/>\nFace \u00e0 cette situation, le gouvernement ivoirien a lanc\u00e9 des initiatives pour<br \/>\nr\u00e9guler et encadrer les activit\u00e9s des gnambros. Des discussions sur la cr\u00e9ation de<br \/>\nr\u00e9glementations appropri\u00e9es sont en cours, avec l&amp;#39;objectif de concilier la<br \/>\nn\u00e9cessit\u00e9 d&amp;#39;opportunit\u00e9s \u00e9conomiques pour les jeunes et la s\u00e9curit\u00e9 publique.<\/p>\n<p>Les chiffres r\u00e9v\u00e8lent \u00e9galement la n\u00e9cessit\u00e9 de diversifier l&amp;#39;\u00e9conomie et de cr\u00e9er<br \/>\ndavantage d&amp;#39;emplois formels. Les initiatives visant \u00e0 promouvoir<br \/>\nl&amp;#39;entrepreneuriat des jeunes, \u00e0 encourager l&amp;#39;\u00e9ducation et \u00e0 renforcer les secteurs<br \/>\n\u00e9conomiques non traditionnels pourraient contribuer \u00e0 r\u00e9duire la d\u00e9pendance \u00e0<br \/>\nl&amp;#39;\u00e9gard des activit\u00e9s informelles.<br \/>\nLes chiffres mettent en \u00e9vidence la pertinence de la sensibilisation aux risques et<br \/>\naux avantages li\u00e9s aux activit\u00e9s des gnambros. La sensibilisation du grand<br \/>\npublic, des travailleurs et des employeurs potentiels pourrait contribuer \u00e0 une<br \/>\nmeilleure compr\u00e9hension des enjeux et \u00e0 la recherche de solutions concert\u00e9es.<br \/>\nMalgr\u00e9 les nombreuses tentatives de l\u2019Etat pour juguler ce ph\u00e9nom\u00e8ne, il<br \/>\ndemeure. Cette impuissance de l\u2019Etat face \u00e0 cela suscite parfois des<br \/>\ninterrogations.<br \/>\nL&amp;#39;\u00e9mergence du terme &amp;quot;gnambros&amp;quot; en C\u00f4te d&amp;#39;Ivoire est profond\u00e9ment enracin\u00e9e<br \/>\ndans les dynamiques \u00e9conomiques, sociales et urbaines du pays. Les chiffres<br \/>\nr\u00e9v\u00e8lent l&amp;#39;ampleur de ce ph\u00e9nom\u00e8ne et soulignent l&amp;#39;importance d&amp;#39;adopter des<br \/>\napproches holistiques pour aborder les d\u00e9fis qu&amp;#39;il pose, en \u00e9quilibrant la<\/p>\n<p>n\u00e9cessit\u00e9 d&amp;#39;opportunit\u00e9s \u00e9conomiques pour les jeunes avec la s\u00e9curit\u00e9 publique<br \/>\net la r\u00e9gulation ad\u00e9quate.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les &lsquo;gnambros&rsquo;, \u00e9galement appel\u00e9s &amp;quot;gros dur&amp;quot; en nouchi, un argot ivoirien, se trouvent dans les environs des gares routi\u00e8res et ont pour activit\u00e9 d&amp;#39;aider \u00e0 charger les passagers dans les v\u00e9hicules de transport. Traditionnellement, ils sollicitent des conducteurs une somme d&amp;#39;environ 25 francs CFA par passager (l&amp;#39;\u00e9quivalent de quatre centimes d&amp;#39;euro) en tant que &amp;quot;droit de chargement&amp;quot;. 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